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Inauguration du P+R Thionville-Metzange pour les frontaliers : l’arbre qui cache la forêt

Déjà en service depuis le mois de février 2021, le parking relais (P+R) de Thionville-Metzange a été officiellement inauguré le 12 juillet 2022. Le premier ministre luxembourgeois Xavier BETTEL avait fait le déplacement en France pour l’occasion, et y rejoindre notamment la ministre française Dominique FAURE (secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires).

Inauguration du P+R de Thionville-Metzange en présence de (de gauche à droite) : Isabelle RAUCH (députée FR de la circonscription), Patrick WEITEN (président du Conseil Départemental de la Moselle), Xavier BETTEL (premier ministre du Luxembourg), Dominique FAURE (secrétaire d’Etat FR), Pierre CUNY (président de l’agglomération de Portes de France-Thionville), Corinne CAHEN (ministre LU de la Grande Région) François GROSDIDIER (1er VP de la région Grand Est) et Michel LIEBGOTT (président de l’agglomération du Val de Fensch)

La présence de ministres pour l’inauguration d’un parking n’est pas anecdotique. Le projet symbolise une action concrète relative aux mobilités, mais également un projet lié à la transition écologique, sur fond de coopération transfrontalière, ce à quoi s’ajoute l’originalité d’un investissement partagé entre les deux pays, pour une infrastructure basée uniquement en France.

Xavier BETTEL commente cette inauguration à notre micro :

Le P+R de Thionville-Metzange est relié aux lignes urbaines S22 et S23, et aux lignes transfrontalières 298 (P+R > Gare Luxembourg), 299 et 300 (P+R > Kirchberg) ainsi qu’à la ligne 301 (P+R > Leudelange).

Des solutions de mobilité largement insuffisantes pour l’instant

L’objectif principal du P+R de Thionville-Metzange est de diminuer le nombre de véhicules sur l’autoroute reliant les deux pays, afin de « transférer » les frontaliers qui l’utilisent vers des cars. 750 places réservées aux covoitureurs, déjà quasiment toutes utilisées au quotidien, c’est autant de véhicules en moins sur un axe stratégique congestionné quotidiennement depuis bien longtemps.

Il faut néanmoins mettre les chiffres en perspective pour prendre la mesure du défi. En 2021 la circulation sur l’axe nord-sud de l’A31 était estimée à près de 100 000 véhicules par jour dans les deux sens de circulation, avec une moyenne de 2,5 personnes par voiture. 750 voitures en moins, c’est 0,75% de ce trafic quotidien, pour un coût d’investissement de 6,3 millions d’euros (dont 2,9 M€ pris en charge par le Grand-Duché) et un coût annuel de fonctionnement estimé à 200 000€ par an (sans participation du Luxembourg, mais compensé en partie par les abonnements payés par les utilisateurs).

Le P+R de Thionville-Metzange, déjà saturé par les utilisateurs frontaliers

Cette infrastructure ne saurait, seule, régler le problème rencontré matins et soirs par les frontaliers. Plusieurs autres P+R devraient ainsi voir le jour dans les années à venir pour rejoindre un faisceau de solutions de mobilités, parmi lesquelles on trouve notamment une amélioration du cadencement et de la jauge du trafic ferroviaire, dont la mise en œuvre implique de long et couteux travaux d’aménagements (certains n’aboutiront d’ailleurs qu’en 2030, d’autres comme l’A31bis qu’en 2040), alors que le nombre de frontaliers français devrait encore augmenter dans l’intervalle selon les prévisions.

Dans le même temps, et en complément des chiffres évoqués plus haut, l’autoroute reliant le Nord et le Sud de l’Europe devrait voir son trafic de camions augmenter.

Les discours officiels qui se sont succédés lors de l’inauguration du P+R de Thionville-Metzange ont fait une fois de plus état de la prise en compte de cette problématique par les exécutifs, alors que la période de crise sanitaire a permis de prouver l’impact positif du télétravail sur le volume de trafic routier, une période de grande souplesse qui s’est néanmoins terminée le 30 juin 2022, au grand désespoir de celles et ceux qui en bénéficiaient.

Ce n’est plus qu’une question de mobilité

La période de crise sanitaire et de télétravail a contribué à modifier le point de vue de nombreux frontaliers quant à l’impact sur leur vie de ces heures de déplacement perdues, dont la durée peut grandement varier selon l’état du trafic, les incidents ferroviaires, les grèves, les travaux, ou encore la météo.

En toile de fond, pour le Grand Duché comme pour la Lorraine, se trouve la crainte avérée d’une remise en cause de ce choix d’accepter la contrainte d’une mobilité quotidiennement douloureuse, que les désaccords ou le délai des politiques auront trop longtemps laissé se compliquer sans actions concrètes et durables telles que le P+R de Thionville-Metzange.

A cette mobilité castratrice s’ajoutent la baisse de l’attractivité fiscale du Luxembourg (dont l’OGBL s’était émue en mai 2022), l’impact encore méconnu de la nouvelle mentalité (post-covid) du rapport au travail, du confort de vie et de la quête de sens, et désormais la pénurie de compétences qui voit la différence de revenus se réduire entre la France et un Grand Duché où même le prix des carburants ne joue (actuellement) plus en faveur du Luxembourg. Or, la présence des frontaliers constitue un élément stratégique pour le Grand Duché, dont l’économie (entre autres) dépend en bonne partie de la main d’œuvre pendulaire.

En prenant encore un peu plus de recul, tout ceci n’est rien face au coût global que représenteront les conséquences de la hausse des températures à laquelle contribuent grandement les mobilités carbonées. Là se situent des défis encore plus immenses de flux migratoires, d’habitat, de souveraineté alimentaire, de biodiversité ou encore de sécurité.

Un peu comme l’a été (et l’est encore) la construction européenne, c’est au pied du mur que les solutions se trouvent et que des caps sont franchis. Malgré son impact limité sur le trafic routier, et à l’heure de la prise de conscience de l’urgence climatique, le P+R de Thionville-Metzange et sa configuration transfrontalière inaugurent, c’est plus que souhaitable, une ère d’accélération des investissements dans les mobilités. C’est vital pour les frontaliers, pour la Grand Région et pour la planète, engagés tous ensemble dans une course contre la montre où l’inaction n’a déjà fait que trop de dégâts.

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